Pour » Olivier Razemon, le sujet de la paupérisation des centres urbains est lié à la dévitalisation commerciale qui touche les villes de taille moyenne.
Pour » Olivier Razemon, le sujet de la paupérisation des centres urbains est lié à la dévitalisation commerciale qui touche les villes de taille moyenne. PHOTO/Perpignan Michel Clementz

Abonnés Olivier Razemon : « Sans densité, le centre-ville de Perpignan finira par mourir »

Auteur du livre « Comment la France a tué ses villes », le journaliste était à Perpignan pour un débat sur la question de la dévitalisation des centres-villes. Constat et propositions.

Le titre de son livre apparaît volontairement provocateur et pourtant il affirme que l’on n’en est qu’au début du phénomène.Dans Comment le France a tué ses villes, le journaliste Olivier Razemon dresse un constat accablant sur la dévitalisation des villes moyennes françaises dont le symbole le plus visible reste les commerces vides comme on peut le remarquer à Perpignan notamment dans la rue des Augustins.« C’est un phénomène très répandu, détaille-t-il.Mais pas forcément connu de tous. À Paris et dans les grandes métropoles, on n’a pas une appréhension de la problématique à tel point que jamais un candidat par exemple à la présidentielle n’évoque le sujet, pourtant majeur pour des millions de citoyens. Car si cette dévitalisation est bien plus répandue que l’on ne le pense, que ce soit à Perpignan, Béziers, on la retrouve aussi dans des lieux où ne l’attend pas comme à Mulhouse, Saint-Brieuc ou encore à une heure de Paris à Rambouillet ou Bourges. »

  • Revenus moyens et logements vacants

Selon lui, la principale explication du phénomène tient à la densité de population. « À Paris et dans les grandes métropoles, ce sont les riches qui vivent dans le centre et les pauvres en périphérie. À Perpignan, comme dans beaucoup de grandes/moyennes villes, c’est l’inverse. On est donc devant une paupérisation de l’habitat. À Perpignan, c’est le cas avec des revenus moyens à hauteur de 14 000 €/an contre 18 000 à 20 000 dans les communes de la première couronne. »

 Dans le même temps, il observe des données comparables pour ce qui concerne les logements vacants. « On est à 14 % à Perpignan, trois fois supérieur à ce que l’on observe dans l’immédiate périphérie de la ville. On entend beaucoup parler de la construction de 500 000nouveaux logements mais la priorité doit rester la réhabilitation car on a là un outil pour la redensification des villes. »

  • Étalement urbain et grande distribution

Autre constat transposable localement, l’étalement urbain se poursuit en même temps que les centres-villes se paupérisent. « On continue à inaugurer, préparer et construire des zones commerciales périphériques dans toutes les villes.Quand un maire veut créer de l’emploi, sa première mesure consiste à prendre un champ et à le transformer en entrepôt sans réfléchir sur les pistes de développement en ville. Des maires comme à Épinal souhaitent mettre fin à ce développement frénétique mais ils restent minoritaires. Dans le même temps, ces centres commerciaux dernière génération empruntent un nouveau discours en prenant le nom de cœur de ville, en créant des passages piétons par exemple. On bascule vers une artificialisation de la ville. C’est aujourd’hui pour les promoteurs un moyen d’investir dans ces nouveaux placements immobiliers. Les banques suivent cette démarche alors que c’est en train de tuer tout le secteur du commerce. »

  • Quelles solutions ?

Faire revenir les gens en centre-ville, stopper et combattre la prolifération commerciale sont autant de pistes avancées par Olivier Razemon. Autre enjeu : soigner le cadre de vie et « faire en sorte que l’on puisse se déplacer à pied dans la ville.

Il faut penser à cela surtout qu’à Perpignan, 26 % des foyers n’ont pas de voiture. Attention aux fausses bonnes idées.Par exemple sur le stationnement gratuit et cette impression que cela permettra aux gens de venir de loin. Ce n’est pas forcément la solution car on n’est pas du tout certains des usages qu’en feront les automobilistes. Des villes ont essayé mais le résultat est loin d’être satisfaisant. À Rouen, une étude est très intéressante. À la réponse de savoir comment dynamiser la ville, 80 % des commerçants ont demandé du stationnement et en priorité gratuit. À la même question, les usagers répondent très majoritairement la création d’espaces pour circuler à pied et moins de pollution. L’important, c’est d’avoir des parkings relais avec des parcours agréables à faire à pied avec des trottoirs larges, de la verdure, un bon fléchage. Profiter de la ville sans être gêner pas les voitures qui font le tour du centre-ville pour repérer une place de parking gratuit. »

Concernant la piétonnisation, là aussi, le journaliste est nuancé. « Il vaut mieux enlever 20 % des véhicules dans cent rues plutôt que d’en enlever 100 % dans trois rues. La voiture doit rester la bienvenue. Après il faut faire la piétonnisation sur certains endroits car cela peut donner de la valeur ajoutée à un lieu comme c’est le cas ici place de la République mais la généralisation est une fausse bonne idée. »
 

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Commentaires (2)

  • hubert66

    29 Novembre à 18:30

    Ce qui est rageant ce sont les atouts touristiques de Perpignan qui ne sont pas exploités comme il le devraient. Le tourisme culturel est un levier économique puissant. Perpignan, ville de 100 000 ha, climat agréable presque toute l'année, proximité avec la mer, la montagne, l'Espagne, patrimoine culturel et architectural intéressants mais centre-ville repoussant. Absence d'hôtels sympas, d'un musée de qualité, patrimoines (ex : hôtel Pams) fermés au public, rues salles, sentiment d'insécurité, manque de professionnalisme de la part des acteurs du tourisme et la liste est longue ... L'Espagne l'a elle bien compris, il n'y a qu'à voir Figueres, Girone.

  • rick

    29 Novembre à 09:31

    C`est la course au fric qui tue peu a peu le société , il n`y a qu`a voir ces reportages sur les grandes enseignes ou on met une pression d`enfer aux employés pour faire chaque jour plus de recettes , impossible pour un petit commerce indépendant de survivre avec une telle concurrence d`autant qu`il se retrouve aussi avec des impots et autre taxe chaque année plus importante sans parler des loyers que les proprios sont obligés d`augmenter régulièrement pour couvrir là aussi la pression fiscale qu`ils subissent
    Bref une vraie machine infernale qui n`est pas prét de s`arréter

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